Discours de Célébration du Grütli 2020

En raison des évènements actuels, la célébration du Grütli prévue le 4.11.2020 ne peut pas avoir lieu à Brunnen. Néanmoins, nous tenons à vous faire partager le discours que notre président, Dr Ueli Augsburger, souhaitait vous proposer lors de cette Célébration.

158e Tir Historique du Grütli, 04.11.2020

Mes très chères Participantes, mes très chers participants au tir historique du Grütli, très chers amis, Chers et estimés représentantes et représentants de la politique,

Qu’est-ce qui ne va pas avec la Suisse ?

Le 1er août 1991, à l’occasion des célébrations du 700e anniversaire, le Conseil fédéral s’est réuni ici pour célébrer le serment du Grütli, symbole d’autodétermination, de liberté et de démocratie directe. Neuf mois plus tard, il a envoyé sa demande d’adhésion à l’Union Européenne. Je ne sais pas si le Conseil fédéral était conscient que la Suisse était et est toujours au seuil d’un débat épuisant, hautement politique, qui dure depuis des décennies et qui est toujours centré sur la question clé de savoir jusqu’où notre pays doit devenir un vassal de l’UE.

Le référendum perdu de l’année dernière sur la législation relative aux armes a montré que l’on peut difficilement se fier aux promesses politiques. Dans la perspective de l’accord de Schengen-Dublin avec l’Union Européenne, il avait été annoncé que cela ne changerait pas notre loi sur les armes.  Quelques années plus tard, alors que le peuple ait accepté cet accord, le ton politique est devenu bien différent. Si nous n’adoptons pas la législation européenne sur les armes, l’UE pourrait «…mettre fin à l’accord de Schengen-Dublin» et ainsi, notre sécurité serait menacée. Mais pas un mot sur le fait que la coopération en matière de sécurité ne dépend pas de notre législation sur les armes et que les pays étrangers sont tout aussi intéressés à coopérer avec nous.

Avant même le vote sur l’initiative de limitation en septembre dernier, ses opposants ont mis en avant la «clause guillotine» avec rage.

«Si l’initiative est acceptée, c’est la menace d’une deuxième crise économique et de nombreuses pertes d’emplois qui toucheraient particulièrement la Suisse orientale» a déclaré un conseiller fédéral.

Avenir Suisse a déjà tenté de quantifier les bénéfices des accords bilatéraux dès 2015, avec l’aide de l’Institut de recherche économique des EPFZ. Or, il n’a pas été possible d’identifier d’avantages supplémentaires particuliers. Vraisemblablement, selon l’avis d’experts de la Suisse officielle, le consommateur pourrait bénéficier d’une plus grande concurrence sur le marché européen, mais cela ne peut pas non plus être prouvé de manière concluante.

Une autre indication qu’Avenir Suisse est sur la bonne voie émane des statistiques d’exportation. Entre 2000 et 2019, les exportations vers des pays sans accords de libre-échange, comme les États-Unis et l’Inde, ont explosé. Bien sûr, les exportations vers l’UE ont également augmenté et nous voulons, bien entendu, continuer à commercer avec elle. Toutefois, nous devons évaluer de manière réaliste son importance économique et ne pas en faire un problème existentiel. N’oublions pas que nous achetons davantage à l’UE qu’elle ne nous achète, de sorte qu’elle a, elle aussi, un intérêt commercial important.

Coincé dans la cacophonie

Pour comprendre pourquoi l’offensive de charme européen du Conseil fédéral de ces dernières décennies s’est enlisée dans une cacophonie – pour certains, c’est le mensonge de toute une du Conseil fédéral – il faut remonter à l’origine de son erreur.

Dans le message de vote sur les «Accords bilatéraux avec l’UE» du 21 mai 2000, il a déclaré que:

  • en disant oui aux accords bilatéraux, nous restons absolument libres dans le développement de nos relations avec l’UE et
  • l’UE est devenue une communauté forte.


Sur le premier point: il n’est pas vrai, comme le prétend le Conseil fédéral, que la Suisse reste absolument libre. L’énorme impact de la clause guillotine intégrée dans le traité a été démontré lors des votes sur les directives de l’UE relatives à la législation sur les armes et sur l’initiative de limitation. La clause guillotine est l’instrument d’un chantage politique permanent. La tragédie, c’est que la Suisse s’est elle-même placée sous la guillotine. Les journalistes bien informés croient savoir que les négociateurs de l’UE ont failli tomber de leur chaise, d’incrédulité, lorsque la partie suisse a accepté cet accord sans un mot. C’est dommage de signer un tel traité. Jusqu’à présent, le Conseil fédéral n’a jamais tenté de supprimer cette clause du traité. Au contraire, il la politise.

Sur le deuxième point: ici, le Conseil fédéral se trompe encore. L’UE n’est tout simplement pas devenue une communauté forte. Il y a quelques semaines, le rédacteur en chef de la NZZ a impitoyablement souligné ses faiblesses structurelles dans une brillante analyse intitulée «L’UE cherche sa raison d’être». Si l’Allemagne, maître payeur, ne parvient pas à combler une partie de la dette de l’UE, celle-ci implosera ou, les technocrates bruxellois épris de pouvoir devront descendre de leurs grands chevaux et revenir aux origines de l’Union, au projet de paix et à la subsidiarité.

Ne vous laissez pas embrouiller

Avertis par le vote de la loi sur les armes, les Fusiliers historiques suisses ont expliqué au printemps dernier, dans une lettre ouverte au Président de la Confédération, pourquoi, d’un point de vue juridique, l’accord-cadre négocié constituait une violation flagrante de la souveraineté du peuple. Par ailleurs, l’ancien conseiller fédéral Schneider-Ammann met en garde tout aussi énergiquement : «Berne veut négocier trois clarifications avec Bruxelles puis ensuite signer l’accord-cadre. Cela ne résoudra pas le problème le plus important – la perte croissante de souveraineté».

Nous ne devons pas nous laisser embrouiller ni par les médias, ni par les hommes politiques. L’agenda politique ne doit pas non plus être fixé par des groupes qui s’efforcent d’obtenir un profit maximal à court terme. Le gouvernement doit penser et agir à long terme, d’une génération à l’autre, sans quoi et en fin de compte, se seront les gens simples et travailleurs qui souffriront toujours de cette une politique malavisée.

C’est pourquoi je vous demande à tous de ne jamais cesser de rappeler à vos représentants qu’ils doivent avant tout représenter les intérêts de notre peuple.

 

Dr. Ueli Augsburger
Presidente